Agenda 21 en Béarn : Mise en oeuvre d'un système alimentaire local

Un Système Alimentaire Local en Béarn

Un concept et un outil  de développement local

(par Francois  Pelatan) - télécharger le document en PDF

Un projet pour favoriser la coopération des acteurs  de l'alimentation locale

Re-connecter Alimentation, Nutrition et Agriculture pour un développement local durable et solidaire, re-connecter agriculteurs et consommateurs, re-connecter production locale durable et restauration collective publique, re-construire les partenariats locaux impliqués dans la production,la consommation,la santé,l'environnement pour arriver à une consommation locale durable sur un territoire.

(Concept de "Cluster" alimentation citoyenne locale )

Introduction

La terminologie « systèmes alimentaires » est fréquemment utilisée dans la recherche et les actions de développement concernant notamment la nutrition, l’alimentation, le développement local endogène et l’agriculture.

Le système alimentaire local inclut tout le processus mis en œuvre , dans un territoire déterminé, pour fournir notre alimentation quotidienne de base : cultiver, récolter,transformer (ou nettoyer ou trier), emballer, transporter, distribuer, cuisiner, consommer.

Evolution historique

Il y a 50 ans, lorsqu’une famille dépensait un franc pour son alimentation, la moitié environ retournait aux populations rurales (agriculture et métiers connexes) dans le capital local.

Depuis lors, cette part s’est continuellement amoindri au profit des firmes d’approvisionnement en amont de la production : agrochimie, semences, alimentation animale, équipements et au profit des firmes d’aval : transporteurs, transformateurs, distributeurs.

Or, s’il apparaît bien que les consommateurs aient bénéficié de ce mécanisme puisque le coût réel de l’alimentation a chuté, par contre les agriculteurs, les populations, les économies rurales,l’emploi local ont en fait beaucoup perdu et risquent de perdre encore si l’on ne re-localise pas les activités alimentaires ( production et consommation).

Définition

Un système alimentaire local est un système dans lequel la production,la transformation,la distribution et la consommation alimentaires sont intégrés dans le but de d’améliorer le niveau des ressources environnementales, économiques, sociales et nutritionnelles d’un territoire défini comme communauté d’intérêts localisées.

Le concept de système alimentaire local dans notre politique d’actions a créé une communauté d’intérêts locaux en renforçant et en accroissant les relations existant entre les acteurs. Cela reflète une approche volontariste pour élaborer un système alimentaire local qui puisse répondre aux principes de durabilité : économiques, environnementaux, et sociaux et aux objectifs à long terme du territoire et ses habitants. Par exemple, la réalisation de projets assemblant localement la vente directe à la ferme, des marchés de producteurs, des AMAP, des points de vente, tous approvisionnés par les producteurs locaux, constituent un socle suffisant pour mettre en place un système alimentaire local.

Les éléments de base

4 éléments permettent de distinguer le système alimentaire local du système alimentaire globalisé qui caractérise l’origine de la plupart des aliments que nous mangeons : la sécurité alimentaire, la proximité, l’autonomie et la durabilité.

1- La sécurité alimentaire (à ne pas confondre avec la sécurité sanitaire des aliments)

La sécurité alimentaire est un élément-clé du système alimentaire local. Au-delà de la satisfaction des besoins élémentaires en matière de nutrition, la sécurité alimentaire vise à permettre l’accès à l’alimentation sur un territoire, spécialement pour les familles à faible revenu, les enfants et les personnes âgées. On voit des enfants qui arrivent à l’école le matin sans avoir mangé, on a vu pendant la canicule des personnes isolées sous-alimentées, on voit une courbe exponentielle de l’obésité et du surpoids chez les enfants scolarisés, 40 % des étudiants ne prennent pas de petit déjeuners le matin et s’alimentent peu à midi. Ces problèmes d’alimentation peuvent favoriser l’émergence d’un système alimentaire local où les partenaires se connaissent et s’impliquent depuis les producteurs locaux organisés jusqu’aux responsables de restauration scolaire, universitaire et d’entreprise, en passant par les élus et les familles.

2- La proximité

Relative à la distance séparant les différents acteurs du système alimentaire local (producteurs, consommateurs, élus, restauration collective, marchés, institutions sociales et éducatives…).

Dans le système alimentaire local, de telles distances sont nettement plus courtes que dans le système alimentaire global. Cette proximité accroît les chances de coopération et de relation durables entre ces acteurs et favorise la fraîcheur et la qualité des produits récoltés. Elle favorise aussi la santé et l’environnement en diminuant les transports routiers (1500 km pour un yaourt nature entre la ferme laitière et votre table et 3000 km en moyenne pour un yaourt aux fruits). Ainsi, les émissions de Carbone seront limitées.

3- L’autonomie

Se rapporte au degré auquel parvient un territoire et ses habitants pour couvrir leurs propres besoins alimentaires. Bien que l’objectif ne soit pas d’arriver à une autosuffisance totale (c’est à dire lorsque un maximum d’alimentation est produite, transformée, distribuée, consommée dans un territoire défini), accroître le degré d’autonomie alimentaire grâce à l’action d’acteurs solidaires locaux est un important fondement pour un système alimentaire local. Un objectif raisonnable pour une politique prescriptive après un diagnostic de départ serait d’arriver à un taux de 30 % en dix ans. La période 2007-2015 va être décisive à cet égard.

4- La durabilité (ou soutenabilité)

signifie l’utilisation de pratiques agricoles et alimentaires qui ne compromettent pas les ressources alimentaires des générations futures. Une alimentation durable et diversifiée comprends donc le respect de l’environnement, la viabilité économique, l’ équilibre nutritionnel des repas l’application des lois sociales pour les salariés des entreprises agricoles et alimentaires et le développement local.

Lorsque existe une agriculture biodiversifiée avec des marchés dynamiques, avec une réduction progressive de quantités d’intrants non renouvelables, avec une moindre utilisation de pesticides et d’agrochimie, et quand la participation citoyenne est prise en compte dans les travaux sur les politiques de l’agriculture et de l’alimentation, on augmente la durabilité du système alimentaire local dans la perspective du développement durable et de l’agenda 21 local.

 

Les objectifs du système alimentaire local

 
  • - Une amélioration du niveau de santé, une réduction des maladies liées aux problèmes nutritionnels (obésité des enfants, maladies cardio-vasculaires, allergies.
  • - Un changement de consommation alimentaire qui va être associé à la disponibilité saisonnière de produits de proximité.

  • - Un accès plus facile à une nourriture équilibrée et moins chère pour tous les habitants

  • - Le maintien (ou dans certains cas l’expansion) d’une agriculture familiale utilisant des méthodes de production respectueuses de l’environnement et de la santé humaine.


  • - Des modes de distribution et des unités de transformation qui puissent créer des liens directs entre agriculteurs et consommateurs, en réduisant la distance géographique entre ces partenaires, économiser les ressources nécessaires au transport des produits alimentaires.
  • - Des entreprises agricoles et alimentaires qui vont créer une économie locale plus forte à travers la création d’emploi, et la re-circulation du capital financier sur place. De telles entreprises pourraient inclure de la transformation des produits, ou de la transformation à forte valeur ajoutée pour développer des débouchés afin qu’une alimentation produite localement puisse être consommé localement.

  • - Une participation citoyenne accrue sur des politiques agricoles et alimentaires visant le développement de la production alimentaire locale , l’accès aux marchés de proximité , la priorité officielle donnée aux produits agricoles locaux, et enfin par la création de conseils locaux de la politique alimentaire et par les comités de l’Agenda 21.



Eléments des systèmes alimentaires locaux

Il y a plusieurs éléments bien reconnus pour un système alimentaire local :

  • - Les marchés de producteurs donnent l’occasion aux consommateurs de rencontrer et de discuter directement avec les producteurs. En même temps, les agriculteurs peuvent apprendre plus, et sans intermédiaire, sur ce que leurs clients désirent savoir sur leur exploitation et ses productions. En diminuant la quantité de carburant utilisé pour des déplacements plus courts, la proximité des sources de production augmente la durabilité environnementale du système.

  • - Les jardins de quartier, les jardins sociaux, les jardins-écoles sont reconnus comme une source importante de fruits et de légumes frais de saison , particulièrement pour des populations défavorisées dans des quartiers à bas revenu , et donc en améliorant la qualité nutritionnelle et la qualité sanitaire.



    • - Les AMAP ( CSA-ACS-TEIKEI) constituent un engagement mutuel par lequel un groupe de personnes paie sa consommation à l’avance en début de campagne au moment où l’agriculteur en a le plus besoin. En retour de ce soutien, le producteur leur livre chaque semaine des fruits et des légumes frais, de saison, cueillis au bon stade de maturité et souvent d’autres produits comme les fromages, les fleurs coupées, les œufs, la viande. Dans l’engagement financier, les membres de l’AMAP acceptent une partie des aléas courants de la production agricole. Les agriculteurs en AMAP participent aussi aux marchés locaux, ce qui améliore la profitabilité et la stabilité économique de leur activité.
    • - Les activités de cueillette à la ferme pour les fruits et les légumes et la vente à la ferme permettent de s’approvisionner directement en produits frais chez le producteur. Dans le cas de la cueillette à la ferme, le prix payé est substantiellement réduit du fait du travail effectué. Dans ce genre de situation, les consommateurs sont en contact avec l’agriculteur, ont l’expérience d’un autre aspect du système alimentaire, et, du fait du bon goût des produits et de leur prix, augmentent leur place dans une alimentation plus équilibrée. De plus, il est possible de faire des conserves ou de congeler.
  • - La transformation à la ferme fournit une logistique et une expertise technique pour lancer de nouvelles activités alimentaires.

 

Externalités

Le mot « externalités » est un terme économique utilisé pour décrire les coûts ou les bénéfices générés par un agent économique ( par exemple, un agriculteur ou un transporteur) mais qui ne sont pas affectés comptablement à cet agent économique ou à l’utilisateur final. Par exemple, les nuisances de la pollution générée par le transport des produits agricoles et alimentaires ne sont pas payées par les sociétés de transport routier à travers le prix du gazole, ou par le consommateur à travers le prix des aliments.

Les coûts externes sociaux et environnementaux relatifs à la production, la transformation, le stockage et la distribution alimentaires sont rarement pris en compte dans le prix que nous payons à la caisse du rayon alimentation.

Les systèmes alimentaires locaux, en réduisant la distance parcourue entre les agriculteurs, les transformateurs et les consommateurs ont une plus grande chance d’ « internaliser » n’importe quelle  externalité dans le système alimentaire et en réduire vraiment un certain nombre. Ainsi, puisque la distance parcourue est plus courte dans un système alimentaire local, il y a moins de carburant fossile est brûlé, moins de pollution générée et moins de problèmes avec les camions sur nos routes.

De même, parce que beaucoup d’étapes dans le système alimentaire sont effectuées localement, en contrepartie la perte d’emplois locaux est diminuée.
Diminuons l'empreinte écologique de l'alimentation.

Actions pour créer un système alimentaire local

A titre individuel, les consommateurs peuvent faire beaucoup pour soutenir et renforcer collectivement un système alimentaire local :

  • - Préférer un approvisionnement riche en produits provenant de producteurs locaux et transformés sur place (à la ferme ou artisanales). Le programme national Nutrition – Santé (PNNS) diffuse des tables diététiques pour aider le public à faire des menus diversifiés, équilibrés, avec des produits de saison.


  • - Discuter avec les distributeurs sur l’intérêt d’acheter des produits locaux

  • - Demander aux restaurateurs d’où viennent les produits marqués sur les menus et afficher sa préférence pour des produits issus des fermes locales.

  • - Faire ses achats sur les marchés fermiers et les points de vente collectifs (qui sont à même d’offrir du choix local, de saison et souvent bio).

  • - Souscrire un abonnement auprès d’une AMAP ou parrainer quelqu’un d’autre

  • - Cuisiner en préparant tous les ingrédients soi-même

  • - Soutenir les actions qui favorisent les exploitations locales ainsi que les autres éléments du système alimentaire local

  • - Participer activement à l’action d’introduire des produits des fermes locales dans les menus des cantines scolaires – Accompagner les enfants dans les visites de ferme.

 

De façon à soutenir un système alimentaire local dans leurs choix alimentaires, les consomm’acteurs ont besoin de :
 

  • Pouvoir accéder aux produits locaux

  • Pouvoir identifier les alternatives possibles d'approvisionnement

  • Pouvoir apprendre à organiser ses repas et à améliorer son savoir faire

  • Comprendre la notion de saisonnalité

  • De connaître la situation de l’agriculture et de l’ alimentation locales

  • Pouvoir évaluer les bienfaits de manger avec la saison et le local

 

Les praticiens de la nutrition peuvent aussi faire beaucoup à travers leur profession pour soutenir les systèmes alimentaires locaux tel que  par exemple :

  • - Dans leurs conseils diététiques aux patients, faire valoir l’intérêt de la disponibilité saisonnière de tel ou tel aliment produit localement.

  • - Remplacer des aliments non - locaux par des aliments qui sont diététiquement équivalents et qui sont produits localement,

  • - Proposer des menus de saison qui reflètent la production agricole locale. Cela pourrait inclure par exemple des légumes -racines en hiver.

  • - Changer la politique de passation des marchés de la restauration collective en faveur des matières premières alimentaires locales, et mettre l’information d’origine du produit sur le lieu de vente.

 

Conclusion

Nous pouvons tous être gagnants en connaissant mieux notre système alimentaire local et en participant à son développement.

Les systèmes alimentaires locaux qui s’appuient sur les acteurs locaux et les citoyens offrent une alternative à notre façon habituelle de nous approvisionner en produits alimentaires quotidiens et de composer nos repas et sont porteurs de plusieurs atouts en matière sociale, environnementale et économique. En tant que parties prenantes individuelles, nous avons un rôle à jouer dans la préparation du futur de ces nouveaux systèmes.



Réferences

Gillespie, A. and Gillespie, G. 2000.
Community Food Systems: Toward a Common Language for Building Productive Partnerships. Cornell Cooperative Extension.

Harmon, A., Harmon, R. and Maretzki, A. 1999. The Food System - Building Youth Awareness Through Involvement. A Guidebook for Educators, Parents, and Community Leaders. The Pennsylvania State University, College of Agricultural Sciences.

 

 

 

 


 

 


 

 

 

 

Dernière mise à jour : ( 04-03-2008 )